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Sur l’air de “Quand on a que l’amour”, par Annabelle

Quand on a que nos mains
pour décrire la détresse
d’un papa qu’on emmène
dans un pays si loin
 
Quand on a que nos mains
pour gommer le chagrin
de visages enfantins
qui ne comprennent pas
 
Pourquoi on les empêche
de vivre en famille
le bonheur qu’ils méritent
et qu’ils espèrent toujours
 
Quand on a que nos mains
pour crier l’injustice
dont ils sont les victimes
et nous tous les témoins
 
Quand on a que nos mains
pour montrer tout l’amour
d’une école, d’un quartier
à un père malmené
 
Quand on a que nos mains
pour demander clémence
et dire notre impuissance
à l’administration
 
Quand on a que nos mains
pour faire face aux avions
il faut que nous y croyons
à l’impossible issue
 
Quand on a que nos mains
à offrir en partage
c’est par la multitude
que viendra la victoire
 
Quand on a que nos mains
pour réecrire l’histoire
d’un papa sans papier
qui rêve de ses enfants
 
Quand on a que nos mains
pour parler aux médias
et rien qu’une chanson
pour convaincre un préfet
 
Alors sans avoir rien
que la force d’aimer
nous aurons dans nos mains
Pour Guilherme des papiers
 

Annabelle

Petite fille brune d’une cité, par Katell Sevestre

Ton cartable abîmé, un matin mal coiffé

Petite gamine noire de la cité

Les enfants, leurs sauts, leurs rires, votre école,

Ton regard baissé vers le sol. 

Etrange solitude, mensongère sollicitude

Méfiance, défiance, crainte et certitude :

On dit que tes parents sont des hors la loi,

mais toi tu ne sais pas pourquoi 

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Tu essaies de grandir, de pousser, de t’instruire,

Tu apprends à lire, à compter, à écrire

Mais ici on n’aime pas la couleur,

Ton quartier, les blacks et les beurs, 

Liberté, Egalité, et Fraternité 

Au-dessus de ta tête

Le couperet vient de tomber

La sortie, un petit blond, son sourire, son goûter  

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Tu regardes, tu comprends, tu trembles et tu pleures

Tes larmes, les matraques, ta douleur

Ton cri, ta peur, leurs bottes, leur camion

Ton innocence, son arrestation 

Ton grand-père s’est retourné, ses yeux, sa peau noire mouillés,

Pour la première fois tu l’as vu pleurer

Ses deux mains menottées, et ses vieux doigts croisés

Pour la dernière fois il a pu te regarder 

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Quels mots pour que tu puisses un jour nous pardonner ? 
 

Katell Sevestre  

5 avril 2007

Des mains comme des racines - Jérôme Peyrat

Des mains comme des racines - Jérôme Peyrat

Olivier Balez

Olivier Balez

Liliane Gabel, pour Guilherme, Florence et leurs enfants

Liliane Gabel, pour Guilherme, Florence et leurs enfants

Mains, par Rolande Causse

Mains menues
Mains tendues
Mains tendresse
Mains délicatesse
Mains Générosité
G COMME GUILHERME

Mains solidarité
Mains de douceur
Mains d’hardeur
H COMME HAUKA
Mains d’artistes
A COMME AZAUGA

MAINS SERRÉES, PROTÉGÉES, ABRITÉES
MAINS APPRÉCIÉES, AIMÉES, GARDÉES

MAINS D’OR DE GUILHERME, FLORENCE ET LEURS ENFANTS
MAINS QUI DEMEURENT AUPRÈS DE NOUS .

Rolande Causse, écrivain

Une dernière petite illustration pour les militants et pour Guilherme et  sa famille. Merci à tous pour ce que vous avez fait. - Nokoben

Une dernière petite illustration pour les militants et pour Guilherme et sa famille.
Merci à tous pour ce que vous avez fait. - Nokoben

G comme Guilherme, comme Garde espoir (lettre de Léah à Guilherme)

Guilherme,

Il est bien joli ton prénom, c’est ça que j’ai noté en premier, et puis après, j’ai vu ton visage sur quelques photos, sur un mur, sur le net.

J’ai vu tes enfants aussi, ceux d’ici, les grandes qui s’appellent Exaucée et Chloé, les petits Gaël et Dorcas. Au début, c’était du hasard, parce qu’appeler une petite fille Exaucée j’ai trouvé ça beau, parce que les rassemblements se faisaient sur la place tout près de chez moi, parce que ça m’a interrogée, toutes ces mains ouvertes avec un G dedans.

Et puis, j’ai lu, d’abord comme ça, puis avec intérêt, puis j’ai suivi attentivement, et maintenant j’attends.

Guilherme, il est beau ton prénom et on ne se connait pas, parce que par hasard je suis née française, née avec le droit d’être ici, pas toi, Guilherme, on ne s’est jamais vus, mais je la sais ton histoire, j’ai lu les articles, les rapports, toutes ces lettres, ça commence dans un pays qui s’appelle l’Angola, ça commence avec des massacres sur lesquels je ne saurais jamais mettre des mots. Avec ta famille qui meurt, c’est trois mots de rien et ça contient tellement que tout devient silence. Tu as une femme en Angola, et puis cinq enfants, et c’est la guerre, et trois de tes enfants sont confiés à un pasteur, partent au Congo. Cinq enfants moins trois, ça fait deux, il y en a deux qui sont marqués ”disparus ”, et je me tais aussi.

Tu veux quoi comme mots, sur deux enfants disparus, dans ce grand trou de la guerre ?
Tu veux quoi comme mots, sur ta femme qui meurt, crise cardiaque, blessure par balle, Guilherme, je me tais.

T’es parti en France, Guilherme, pour trouver autre, trouver mieux, qu’est ce que je sais ?

T’as rencontré Florence, c’est une histoire avec que des jolis prénoms, Florence, et elle avait une maladie et deux gamines, Exaucée et Chloé. Et t’as pris tout ça, Guilherme, une amoureuse, et sa maladie à bout de bras, et deux nouvelles petites filles. Et cinq ans plus tard, y avait avec vous deux autres bébés, ça faisait une famille, on voit ça sur les photos, on te voit Guilherme, avec cette brassée de mômes autour de toi, ça m’a émue, c’est facile comme histoire, des gamins et leur maman malade et leur papa courageux, c’est facile, c’est vrai et c’est une histoire qui existe juste là, dehors.

T’as fait plein de demandes, Guilherme, des histoires de papiers, de visas de tampons, de ce que tu veux, j y connais pas grand chose, il est ressorti juste que t’avais pas le droit d’être là. Pas le droit d’être avec ta presque femme, pas le droit d’être avec tes mômes.

T’as été en prison Guilherme, parce que t’as refusé de monter dans l’avion qui te ramènerait dans ce chez-toi qui existe pas, parce que chez toi, c’est ici. Deux mois net, à Corbas, le motif ?
«  Veut pas quitter ceux qu’ils aiment ? Veut pas retourner là où il a vu mourir ceux qu’il aimait ? »

Mars, t’es sorti de tôle, les flics à la porte, et tu veux la jolie phrase des journaux, c’est écrit : ” Il s’est recouvert de matières fécales pour éviter d’être expulsé” c’est les mots des Importants, parce que nous ici, on dit «  la merde » Guilherme, il faut quoi comme mots pour parler de ça ? Pour dire la merde sur tes doigts, ton ventre, ton visage ? Il faut quoi comme courage aussi, et comme larmes de rage pour faire ça ? Se recouvrir de merde pour pas quitter ce pays ?
Mais la solution, ils l’ont trouvé, Guilherme, une couverture pour cacher tout ça, la merde et la misère, la révolte et l’injustice, des sangles et l’avion encore.

Et puis, le pilote a dit non. Que l’avion décollerait pas dans ces conditions. J’ai pas son nom, à ce type, je sais pas son prénom, je sais rien de lui à part ça, et c’est déjà tout, y a rien de plus à écrire. Il a dit non.

Guilherme, ils t’ont gardé en centre de rétention, en appel, en tribunal, en tôle, en transit avant un autre vol.

Ils se sont battus les gens, les voisins, les amis les parents d’élèves. Ceux qui te voient depuis cinq ans chercher tes mômes à l’école, à la crèche et leur donner la main, ceux qui savent que t’es un père, un presque mari, un compagnon, un homme. Ceux qui savent que t’es pas un numéro de carte d’identité, une bout de statistique à la con. Ils ont signé des papiers, des pétitions, des lettres, ils ont manifesté, investi l’école, appelé les journaux. Ils gueulent encore là dehors.

Ils se sont tous inscrit un G majuscule sur la paume de la main.

Comme Guilherme, comme Garde espoir.

Tu veux que je dise quoi Guilherme, ils t’ont fait décoller de Bron pour la capitale cet après-midi, dans un avion militaire, y avait des flics, des CRS. Ils veulent te faire décoller de Paris cette nuit.

L’avion était à 22h05 et ceux qui était sur place, pouvaient, ceux qui ont su sont partis à Roissy.
Ils y sont là maintenant, ils gueulent là-bas aussi pour que l’avion ne parte pas, avec leur G majuscules sur les mains.
Il est 23 heures 17 et l’avion n’est pas parti, et là bas, à l’aéroport, tout se joue, entre les manifestants, les passagers, l’autorité, la presse.

Je suis chez moi, et je ne peux rien faire qu’attendre, écrire, espérer, cracher des mots pour faire passer plus vite le temps.

Guilherme, on ne se connait pas, j’ai un G sur ma main, ça ne sert à rien, ce G qui palpite sur ma paume sans personne pour le voir, c’est un grigri inutile pour croire que j’y peux quelque chose, que ça peut changer, qu’on peut gagner pour toi,
Guilherme, t’as un joli prénom, je voudrais que tu restes, qui va aller chercher tes enfants à l’école sinon ?


Léah Touitou, auteur/illustratrice - Pour Guilherme, Florence et ses enfants

Mathilde 7 ans: regarde maman eux aussi ils  sont pour Guilherme !

Mathilde 7 ans: regarde maman eux aussi ils sont pour Guilherme !

Olth - pour Guilherme, Florence et leurs enfants - màj : nous savons depuis que le pilote du vol 928 a refusé de décoller avec Guilherme à son bord. MERCI À LUI !!!!! Le vol 928 du mercredi 7 avril, c’est le vol de la dignité !

Olth - pour Guilherme, Florence et leurs enfants - màj : nous savons depuis que le pilote du vol 928 a refusé de décoller avec Guilherme à son bord. MERCI À LUI !!!!! Le vol 928 du mercredi 7 avril, c’est le vol de la dignité !

Une amulette pour G. - Wahid

Une amulette pour G. - Wahid

Séverine Vidal et Sandrine Kao, extrait de Les papiers d’Ousmane - pour Guilherme Florence et leurs enfants

Séverine Vidal et Sandrine Kao, extrait de Les papiers d’Ousmane - pour Guilherme Florence et leurs enfants

S’il vous plaît, rendez ce cœur qui ne vous sert pas, ainsi que l’âme qui vous réchauffe le cou sans entrer en vous. Rendez ces plus hautes pensées que vous dilapidez. Renvoyez les rayons de ce soleil, et les marées de cette lune. Cueillez les sourires perdus, les élans sans arrêt. Faites-en une pelote de joie : encastrez-la à la place du cœur rendu. Dardez les rayons de ce nouveau soleil vers ceux qui ont froid en dedans, qui ont peur, que l’on menace de solitude. Et enfin, libérez les oiseaux.
Laissez Guilherme libre de vivre avec sa famille, ici.
– Florence Hinckel - en soutien à Guilherme, Florence et leurs enfants
Napo, en soutien à Guilherme et sa famille

Napo, en soutien à Guilherme et sa famille

La première histoire au monde à naître, par Jo Hoestlandt

Je ne veux pas que l’on m’explique
pourquoi, comment, ce qui est évident.
je ne veux pas de pronostic, de statistique
d’argumentant, de débattant, d’éloquent, de compétent.
 
je ne veux pas non plus être Tarzan
dans cette jungle sans animaux
je ne vois ni orang-outang, ni serpent ni caïman,
seulement de pauvres gens  privés de mots.
 
Je suis de ce monde-ci
qui comprend ceux-là, comme ceux-ci,
les menaçants, et les menacés, les blessants, les blessés,
ceux qui viennent de loin, ceux qui sont d’ici.
 
Je voudrais seulement que sur les lignes imaginaires
que sont sur terre les lignes des frontières,
on écrive ensemble une histoire, la première,
de toutes les couleurs, et rouge, et bleue, et sombre, et claire.

La première histoire au monde à naître
qui le livre fermé restera grand ouverte.

Jo Hoestlandt - en soutien à Guilherme, Florence et leurs enfants

Sur l’air de “Quand on a que l’amour”, par Annabelle

Quand on a que nos mains
pour décrire la détresse
d’un papa qu’on emmène
dans un pays si loin
 
Quand on a que nos mains
pour gommer le chagrin
de visages enfantins
qui ne comprennent pas
 
Pourquoi on les empêche
de vivre en famille
le bonheur qu’ils méritent
et qu’ils espèrent toujours
 
Quand on a que nos mains
pour crier l’injustice
dont ils sont les victimes
et nous tous les témoins
 
Quand on a que nos mains
pour montrer tout l’amour
d’une école, d’un quartier
à un père malmené
 
Quand on a que nos mains
pour demander clémence
et dire notre impuissance
à l’administration
 
Quand on a que nos mains
pour faire face aux avions
il faut que nous y croyons
à l’impossible issue
 
Quand on a que nos mains
à offrir en partage
c’est par la multitude
que viendra la victoire
 
Quand on a que nos mains
pour réecrire l’histoire
d’un papa sans papier
qui rêve de ses enfants
 
Quand on a que nos mains
pour parler aux médias
et rien qu’une chanson
pour convaincre un préfet
 
Alors sans avoir rien
que la force d’aimer
nous aurons dans nos mains
Pour Guilherme des papiers
 

Annabelle

Petite fille brune d’une cité, par Katell Sevestre

Ton cartable abîmé, un matin mal coiffé

Petite gamine noire de la cité

Les enfants, leurs sauts, leurs rires, votre école,

Ton regard baissé vers le sol. 

Etrange solitude, mensongère sollicitude

Méfiance, défiance, crainte et certitude :

On dit que tes parents sont des hors la loi,

mais toi tu ne sais pas pourquoi 

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Tu essaies de grandir, de pousser, de t’instruire,

Tu apprends à lire, à compter, à écrire

Mais ici on n’aime pas la couleur,

Ton quartier, les blacks et les beurs, 

Liberté, Egalité, et Fraternité 

Au-dessus de ta tête

Le couperet vient de tomber

La sortie, un petit blond, son sourire, son goûter  

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Tu regardes, tu comprends, tu trembles et tu pleures

Tes larmes, les matraques, ta douleur

Ton cri, ta peur, leurs bottes, leur camion

Ton innocence, son arrestation 

Ton grand-père s’est retourné, ses yeux, sa peau noire mouillés,

Pour la première fois tu l’as vu pleurer

Ses deux mains menottées, et ses vieux doigts croisés

Pour la dernière fois il a pu te regarder 

Petite fille brune d’une cité

Ton grand regard noir, tes mains colorées

Ton grand désespoir, tes secrets cachés 

Quels mots pour que tu puisses un jour nous pardonner ? 
 

Katell Sevestre  

5 avril 2007

Des mains comme des racines - Jérôme Peyrat

Des mains comme des racines - Jérôme Peyrat

Olivier Balez

Olivier Balez

Liliane Gabel, pour Guilherme, Florence et leurs enfants

Liliane Gabel, pour Guilherme, Florence et leurs enfants

Mains, par Rolande Causse

Mains menues
Mains tendues
Mains tendresse
Mains délicatesse
Mains Générosité
G COMME GUILHERME

Mains solidarité
Mains de douceur
Mains d’hardeur
H COMME HAUKA
Mains d’artistes
A COMME AZAUGA

MAINS SERRÉES, PROTÉGÉES, ABRITÉES
MAINS APPRÉCIÉES, AIMÉES, GARDÉES

MAINS D’OR DE GUILHERME, FLORENCE ET LEURS ENFANTS
MAINS QUI DEMEURENT AUPRÈS DE NOUS .

Rolande Causse, écrivain

Une dernière petite illustration pour les militants et pour Guilherme et  sa famille. Merci à tous pour ce que vous avez fait. - Nokoben

Une dernière petite illustration pour les militants et pour Guilherme et sa famille.
Merci à tous pour ce que vous avez fait. - Nokoben

G comme Guilherme, comme Garde espoir (lettre de Léah à Guilherme)

Guilherme,

Il est bien joli ton prénom, c’est ça que j’ai noté en premier, et puis après, j’ai vu ton visage sur quelques photos, sur un mur, sur le net.

J’ai vu tes enfants aussi, ceux d’ici, les grandes qui s’appellent Exaucée et Chloé, les petits Gaël et Dorcas. Au début, c’était du hasard, parce qu’appeler une petite fille Exaucée j’ai trouvé ça beau, parce que les rassemblements se faisaient sur la place tout près de chez moi, parce que ça m’a interrogée, toutes ces mains ouvertes avec un G dedans.

Et puis, j’ai lu, d’abord comme ça, puis avec intérêt, puis j’ai suivi attentivement, et maintenant j’attends.

Guilherme, il est beau ton prénom et on ne se connait pas, parce que par hasard je suis née française, née avec le droit d’être ici, pas toi, Guilherme, on ne s’est jamais vus, mais je la sais ton histoire, j’ai lu les articles, les rapports, toutes ces lettres, ça commence dans un pays qui s’appelle l’Angola, ça commence avec des massacres sur lesquels je ne saurais jamais mettre des mots. Avec ta famille qui meurt, c’est trois mots de rien et ça contient tellement que tout devient silence. Tu as une femme en Angola, et puis cinq enfants, et c’est la guerre, et trois de tes enfants sont confiés à un pasteur, partent au Congo. Cinq enfants moins trois, ça fait deux, il y en a deux qui sont marqués ”disparus ”, et je me tais aussi.

Tu veux quoi comme mots, sur deux enfants disparus, dans ce grand trou de la guerre ?
Tu veux quoi comme mots, sur ta femme qui meurt, crise cardiaque, blessure par balle, Guilherme, je me tais.

T’es parti en France, Guilherme, pour trouver autre, trouver mieux, qu’est ce que je sais ?

T’as rencontré Florence, c’est une histoire avec que des jolis prénoms, Florence, et elle avait une maladie et deux gamines, Exaucée et Chloé. Et t’as pris tout ça, Guilherme, une amoureuse, et sa maladie à bout de bras, et deux nouvelles petites filles. Et cinq ans plus tard, y avait avec vous deux autres bébés, ça faisait une famille, on voit ça sur les photos, on te voit Guilherme, avec cette brassée de mômes autour de toi, ça m’a émue, c’est facile comme histoire, des gamins et leur maman malade et leur papa courageux, c’est facile, c’est vrai et c’est une histoire qui existe juste là, dehors.

T’as fait plein de demandes, Guilherme, des histoires de papiers, de visas de tampons, de ce que tu veux, j y connais pas grand chose, il est ressorti juste que t’avais pas le droit d’être là. Pas le droit d’être avec ta presque femme, pas le droit d’être avec tes mômes.

T’as été en prison Guilherme, parce que t’as refusé de monter dans l’avion qui te ramènerait dans ce chez-toi qui existe pas, parce que chez toi, c’est ici. Deux mois net, à Corbas, le motif ?
«  Veut pas quitter ceux qu’ils aiment ? Veut pas retourner là où il a vu mourir ceux qu’il aimait ? »

Mars, t’es sorti de tôle, les flics à la porte, et tu veux la jolie phrase des journaux, c’est écrit : ” Il s’est recouvert de matières fécales pour éviter d’être expulsé” c’est les mots des Importants, parce que nous ici, on dit «  la merde » Guilherme, il faut quoi comme mots pour parler de ça ? Pour dire la merde sur tes doigts, ton ventre, ton visage ? Il faut quoi comme courage aussi, et comme larmes de rage pour faire ça ? Se recouvrir de merde pour pas quitter ce pays ?
Mais la solution, ils l’ont trouvé, Guilherme, une couverture pour cacher tout ça, la merde et la misère, la révolte et l’injustice, des sangles et l’avion encore.

Et puis, le pilote a dit non. Que l’avion décollerait pas dans ces conditions. J’ai pas son nom, à ce type, je sais pas son prénom, je sais rien de lui à part ça, et c’est déjà tout, y a rien de plus à écrire. Il a dit non.

Guilherme, ils t’ont gardé en centre de rétention, en appel, en tribunal, en tôle, en transit avant un autre vol.

Ils se sont battus les gens, les voisins, les amis les parents d’élèves. Ceux qui te voient depuis cinq ans chercher tes mômes à l’école, à la crèche et leur donner la main, ceux qui savent que t’es un père, un presque mari, un compagnon, un homme. Ceux qui savent que t’es pas un numéro de carte d’identité, une bout de statistique à la con. Ils ont signé des papiers, des pétitions, des lettres, ils ont manifesté, investi l’école, appelé les journaux. Ils gueulent encore là dehors.

Ils se sont tous inscrit un G majuscule sur la paume de la main.

Comme Guilherme, comme Garde espoir.

Tu veux que je dise quoi Guilherme, ils t’ont fait décoller de Bron pour la capitale cet après-midi, dans un avion militaire, y avait des flics, des CRS. Ils veulent te faire décoller de Paris cette nuit.

L’avion était à 22h05 et ceux qui était sur place, pouvaient, ceux qui ont su sont partis à Roissy.
Ils y sont là maintenant, ils gueulent là-bas aussi pour que l’avion ne parte pas, avec leur G majuscules sur les mains.
Il est 23 heures 17 et l’avion n’est pas parti, et là bas, à l’aéroport, tout se joue, entre les manifestants, les passagers, l’autorité, la presse.

Je suis chez moi, et je ne peux rien faire qu’attendre, écrire, espérer, cracher des mots pour faire passer plus vite le temps.

Guilherme, on ne se connait pas, j’ai un G sur ma main, ça ne sert à rien, ce G qui palpite sur ma paume sans personne pour le voir, c’est un grigri inutile pour croire que j’y peux quelque chose, que ça peut changer, qu’on peut gagner pour toi,
Guilherme, t’as un joli prénom, je voudrais que tu restes, qui va aller chercher tes enfants à l’école sinon ?


Léah Touitou, auteur/illustratrice - Pour Guilherme, Florence et ses enfants

Mathilde 7 ans: regarde maman eux aussi ils  sont pour Guilherme !

Mathilde 7 ans: regarde maman eux aussi ils sont pour Guilherme !

Olth - pour Guilherme, Florence et leurs enfants - màj : nous savons depuis que le pilote du vol 928 a refusé de décoller avec Guilherme à son bord. MERCI À LUI !!!!! Le vol 928 du mercredi 7 avril, c’est le vol de la dignité !

Olth - pour Guilherme, Florence et leurs enfants - màj : nous savons depuis que le pilote du vol 928 a refusé de décoller avec Guilherme à son bord. MERCI À LUI !!!!! Le vol 928 du mercredi 7 avril, c’est le vol de la dignité !

Une amulette pour G. - Wahid

Une amulette pour G. - Wahid

Séverine Vidal et Sandrine Kao, extrait de Les papiers d’Ousmane - pour Guilherme Florence et leurs enfants

Séverine Vidal et Sandrine Kao, extrait de Les papiers d’Ousmane - pour Guilherme Florence et leurs enfants

S’il vous plaît, rendez ce cœur qui ne vous sert pas, ainsi que l’âme qui vous réchauffe le cou sans entrer en vous. Rendez ces plus hautes pensées que vous dilapidez. Renvoyez les rayons de ce soleil, et les marées de cette lune. Cueillez les sourires perdus, les élans sans arrêt. Faites-en une pelote de joie : encastrez-la à la place du cœur rendu. Dardez les rayons de ce nouveau soleil vers ceux qui ont froid en dedans, qui ont peur, que l’on menace de solitude. Et enfin, libérez les oiseaux.
Laissez Guilherme libre de vivre avec sa famille, ici.
– Florence Hinckel - en soutien à Guilherme, Florence et leurs enfants
Napo, en soutien à Guilherme et sa famille

Napo, en soutien à Guilherme et sa famille

La première histoire au monde à naître, par Jo Hoestlandt

Je ne veux pas que l’on m’explique
pourquoi, comment, ce qui est évident.
je ne veux pas de pronostic, de statistique
d’argumentant, de débattant, d’éloquent, de compétent.
 
je ne veux pas non plus être Tarzan
dans cette jungle sans animaux
je ne vois ni orang-outang, ni serpent ni caïman,
seulement de pauvres gens  privés de mots.
 
Je suis de ce monde-ci
qui comprend ceux-là, comme ceux-ci,
les menaçants, et les menacés, les blessants, les blessés,
ceux qui viennent de loin, ceux qui sont d’ici.
 
Je voudrais seulement que sur les lignes imaginaires
que sont sur terre les lignes des frontières,
on écrive ensemble une histoire, la première,
de toutes les couleurs, et rouge, et bleue, et sombre, et claire.

La première histoire au monde à naître
qui le livre fermé restera grand ouverte.

Jo Hoestlandt - en soutien à Guilherme, Florence et leurs enfants

Sur l’air de “Quand on a que l’amour”, par Annabelle
Petite fille brune d’une cité, par Katell Sevestre
Mains, par Rolande Causse
G comme Guilherme, comme Garde espoir (lettre de Léah à Guilherme)
"S’il vous plaît, rendez ce cœur qui ne vous sert pas, ainsi que l’âme qui vous réchauffe le cou sans entrer en vous. Rendez ces plus hautes pensées que vous dilapidez. Renvoyez les rayons de ce soleil, et les marées de cette lune. Cueillez les sourires perdus, les élans sans arrêt. Faites-en une pelote de joie : encastrez-la à la place du cœur rendu. Dardez les rayons de ce nouveau soleil vers ceux qui ont froid en dedans, qui ont peur, que l’on menace de solitude. Et enfin, libérez les oiseaux.
Laissez Guilherme libre de vivre avec sa famille, ici."
La première histoire au monde à naître, par Jo Hoestlandt

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